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Le suivi des opérations menées

Comment évaluer l’efficacité des actions réalisées ?

Deux notions fondamentales viennent définir le suivi de la continuité écologique des cours d’eau: la conformité hydraulique et l’efficacité biologique. La première vise à déterminer l’attractivité, l’accessibilité, la franchissabilité du dispositif et le respect des plans pour assurer une vitesse de progression suffisante de l’espèce migratrice. La seconde relève de l’observation de l’évolution de la population piscicole, ainsi que des charges sédimentaires et tout autre paramètre environnemental. « La notion d’efficacité biologique est centrale car elle seule permet d’évaluer l’atteinte des objectifs écologiques. C’est en grande partie sur cette notion que doit se fonder l’évaluation de la politique publique engagée en France au titre de la continuité écologique » comme le rappelle Yann ABDALLAH de l’association Migrateurs Rhône Méditerranée lors d’une journée d’échanges sur la continuité écologique des cours d’eau organisée par la Maison Régionale de l’Eau ayant eu lieu le 19 avril 2016. Les gains socio-économiques peuvent également être considérés comme partie intégrante du suivi, toutefois les indicateurs les concernant sont à lire à l’aune des objectifs poursuivis (l’augmentation de la fréquentation d’un site par exemple peut être un baromètre du succès du projet d’un point vue touristique).

 

Il faut toujours garder en tête que « ce n’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il n’y pas de résultats », même si ce constat reste difficile à faire accepter au regard de l’argent public dépensé. C’est pourquoi la valorisation du projet est également une étape importante dans le suivi afin de mieux le légitimer. Cela peut se traduire par des opérations de communication et d’information du public, avec la mise en place de panneaux ou encore avec l’organisation de pêches électriques avec les associations de pêches et la publication d’un article dans la pêche locale.  Le suivi peut s’effectuer au niveau de l’ouvrage (efficacité des dispositifs de franchissement) et au niveau de l’axe de migration (évaluation des gains de fonctionnalité pour les espèces cibles). Concernant l’ouvrage, on procède à des vérifications sur : l’état général et l’entretien du dispositif, la chute aval et l’attractivité du dispositif, la conformité du génie civil et les conditions d’écoulement, la pertinence du dispositif retenu en fonction des espèces cibles. Pour vérifier la franchissabilité de l’ouvrage par les espèces cibles, il existe plusieurs méthodes : le piégeage sur une courte durée en période de migration, le suivi par marquage, le comptage à partir d’un système vidéo etc. Il n’y a donc pas de solution idéale qui existe, seulement des adaptations à éprouver localement.

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Comment entretenir un aménagement ?

L’entretien est une question majeure sur les passes à poissons existantes mais souvent largement sous-estimé. Une étude de la Fédération de pêche du Haut-Rhin, datant de 2009, estime que sur 102 diagnostiquée, 75% ont des problématiques liées à l’entretien tandis que 40% ne sont pas « attractives ». De manière générale les deux causes les plus fréquemment évoquées, en post-travaux sont le manque d’attractivité de l’ouvrage (mauvaise implantation et/ou débit insuffisant) et le défaut, voire manque total, d’entretien et de maintenance. Ce qui a pour conséquences directes l’obturation des communications entre bassin (orifices, fentes), le colmatage de ralentisseur par des corps dérivants, des grilles de protection de la passe ou des prises d’eau des débits auxiliaires et l’engravement de l’ouvrage. Dans ces conditions, l’ouvrage peut devenir non fonctionnel, le débit dans l’ouvrage peut être réduit, voire devenir pratiquement inexistant, certaines chutes peuvent infranchissables et enfin la turbulence dans certains bassins peut devenir trop importante.

 

Les opérations de restauration de la continuité écologique des cours d’eau et des milieux aquatiques sont des démarches complexes tant au niveau écologique qu’au niveau socio-économique. Pour être durables elles doivent être acceptées par ceux qui utilisent les rivières et qui vivent avec elles. Tout aménagement nouveau aura des répercussions écologiques (c’est ce qui est recherché avec la restauration de la continuité) mais aussi économiques si le nouvel ouvrage après évolution nécessite un entretien permanent. En effet, mis à part l’impact d’un ouvrage sur la qualité du milieu aquatique, l’entretien d’un ouvrage peut s’avérer très coûteux pour une collectivité ou pour un particulier, c’est pourquoi les solutions choisies doivent tenir compte des contraintes de gestion de long terme. Confier les deux premières années d’entretien à l’attributaire des travaux (à inclure lors de l’appel d’offres initial) peut s’avérer une bonne option, évitant à chacun de se rejeter les responsabilités pendant les deux années de garantie de parfait achèvement.

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