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Comment entretenir un aménagement ?

Article modifié le 13/09/2017

L’entretien est une question majeure sur les passes à poissons existantes mais souvent largement sous-estimé. Une étude de la Fédération de pêche du Haut-Rhin, datant de 2009, estime que sur 102 diagnostiquée, 75% ont des problématiques liées à l’entretien tandis que 40% ne sont pas « attractives ». De manière générale les deux causes les plus fréquemment évoquées, en post-travaux sont le manque d’attractivité de l’ouvrage (mauvaise implantation et/ou débit insuffisant) et le défaut, voire manque total, d’entretien et de maintenance. Ce qui a pour conséquences directes l’obturation des communications entre bassin (orifices, fentes), le colmatage de ralentisseur par des corps dérivants, des grilles de protection de la passe ou des prises d’eau des débits auxiliaires et l’engravement de l’ouvrage. Dans ces conditions, l’ouvrage peut devenir non fonctionnel, le débit dans l’ouvrage peut être réduit, voire devenir pratiquement inexistant, certaines chutes peuvent infranchissables et enfin la turbulence dans certains bassins peut devenir trop importante.


 


Les opérations de restauration de la continuité écologique des cours d’eau et des milieux aquatiques sont des démarches complexes tant au niveau écologique qu’au niveau socio-économique. Pour être durables elles doivent être acceptées par ceux qui utilisent les rivières et qui vivent avec elles. Tout aménagement nouveau aura des répercussions écologiques (c’est ce qui est recherché avec la restauration de la continuité) mais aussi économiques si le nouvel ouvrage après évolution nécessite un entretien permanent. En effet, mis à part l’impact d’un ouvrage sur la qualité du milieu aquatique, l’entretien d’un ouvrage peut s’avérer très coûteux pour une collectivité ou pour un particulier, c’est pourquoi les solutions choisies doivent tenir compte des contraintes de gestion de long terme. Confier les deux premières années d’entretien à l’attributaire des travaux (à inclure lors de l’appel d’offres initial) peut s’avérer une bonne option, évitant à chacun de se rejeter les responsabilités pendant les deux années de garantie de parfait achèvement.

 

  Pour aller plus loin

 

 

L’entretien des ouvrages

L’entretien des passes à poissons et ouvrages favorisants le franchissement des espèces piscicoles et des sédiments est avant tout, une obligation réglementaire pour les propriétaires et exploitants. L’article L214-17 du Code de l’Environnement rappelle cette obligation de résultat : I-2° « Une liste de cours d’eau, parties de cours d’eau ou canaux dans lesquels il est nécessaire d’assurer le transport suffisant des sédiments et la circulation des poissons migrateurs. Tout ouvrage doit y être géré, entretenu et équipé selon des règles définies par l’autorité administrative, en concertation avec le propriétaire ou, à défaut, l’exploitant ». Pour aider les gestionnaires dans ces tâches, les Agences de l’Eau développement la sensibilisation et la coordination des actions (dans le bassin Rhin-Meuse une aide orientée sur gestion groupée d’ouvrage existe par exemple). Le déclarant s’assure de la surveillance  et  l’entretien  des installations et  ouvrages,  et  notamment  de la végétation qui pourrait apparaître et nuire à leur stabilité. De  plus,  il  reste attentif  à  l’évolution des végétaux  et  à  ce  que  leur  croissance  ne  constitue  pas  d’obstacles à l’écoulement des eaux ni de risques d’embâcles. Il veille à ce que la dégradation  éventuelle de son ouvrage  ne  représente pas  de  risques pour  la  sécurité  publique au droit ou à l’aval de l’ouvrage, ni de risques de formations d’obstacles à l’écoulement  des eaux,  par effondrement ou transport de blocs solides par exemple. Les ouvrages ou installations seront régulièrement entretenus de manière à garantir le bon écoulement des eaux et le bon fonctionnement des dispositifs destinés à la protection de la ressource en eau et des milieux aquatiques ainsi que ceux destinés à la surveillance et à  l’évaluation des prélèvements et déversements. Ils sont  compatibles avec les différents usages du cours d’eau. Un bilan est à envoyer au service police de l’eau un an après les travaux.

 

La gestion à long terme 

Dès la conception des techniques sont à développer pour envisager ces désagréments ou dysfonctionnements. Il est important d’adopter un véritable plan de gestion régulière de l’ouvrage, prenant en compte par exemple la protection contre les corps flottants, la pose d’une drome flottante, une prise d’eau noyée et à contre-courant, la position hors zones d’arrivée préférentielle d’arrivée des flottants ou encore d’éviter les débouchés aval en zone d’eau morte. Il faut toujours prévoir un moyen d’accès et de vidange du dispositif. L’ouvrage doit être « vidangeable » et s’il y a des caillebotis, il est nécessaire de faciliter l’accès pour l’entretien (trappe sur l’échancrure). Pour certains seuils équipés de vannages, l’ouverture des vannes peut permettre une bonne continuité écologique. L’ouverture peut être temporaire, c’est à dire limitée aux périodes les plus importantes pour le cycle biologique des poissons, ou permanente, si le vannage reste en position ouverte durant toute l’année. Il faut s’assurer que les vitesses d’écoulement au niveau des pertuis, lorsqu’ils sont ouverts, ne sont pas trop importantes par rapport aux capacités de nage des espèces piscicoles et n’engendrent pas d’impacts pour la stabilité du lit en aval. Il faut préciser avec le propriétaire les périodes d’ouvertures, l’entretien destiné à limiter les embâcles et vérifier périodiquement que ces règles sont respectées. Un protocole de suivi de l’efficacité de la gestion doit être établi. La gestion des ouvrages par ouverture des vannes a le mérite d’être peu onéreuse, mais elle est aussi peu pérenne, puisque qu’il suffit de refermer les vannes ou de bloquer les pertuis par des planches pour rendre à nouveau l’obstacle infranchissable aux poissons et aux sédiments. Ce peut être une situation temporaire dans l’attente d’un aménagement plus définitif de l’ouvrage ou une alternative à l’aménagement si celui-ci n’est pas possible pour des raisons techniques, patrimoniales ou économiques. L’effacement d’un ouvrage est la seule solution permettant de rétablir une continuité écologique complète et pérenne, et surtout sans nécessité d’entretien, c’est aussi souvent la moins chère.

 

La conformité des réalisations

L’entretien d’un ouvrage est une gestion « au fil du temps » à effectuer régulièrement (base hebdomadaire) et systématiquement après chaque épisode de crue lors desquels s’intensifient les problèmes de colmatage. Il doit s’appuyer sur la base d’observations et/ou de mesures simples, pour s’assurer, au fil du temps, de la conformité de la passe aux critères définis lors de la conception des dispositifs, en vérifiant la non obstruction des échancrures, fentes, orifices noyés, grilles, qui est à coupler éventuellement à la vidange de la passe. Il peut s’agir de réalisation légères régulières ou plus lourdes (entraînant le recours à d’entreprises spécialisées, des engins,…). Les coûts d’entretien sont extrêmement variables en fonction du type de passes et de la typologie du cours d’eau. Les aides des Agences de l’Eau sont en moyenne plafonnées à 1 000€ par an et par passe concernant l’entretien. Les coûts pour la dévalaison quant à eux sont liés à l’usage hydroélectrique de l’ouvrage. Peu d’exemples encore actuellement (aménagement de grilles : de 200 000 à plus 1 million d’euros, turbine ichtyophile : fonction du débit d’équipement > 1 million d’euros). Une étude de l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse datant de 2014 démontre que le coût de l’entretien est relatif aux choix initiaux réalisés. En effet les coûts d’entretien calculés sur 25 ans sont bien inférieurs pour un ouvrage partiellement arasé (de 2 à 3 millions d’euros) que pour un dispositif de franchissement (de 7 à 12 millions d’euros).

 

 

 

   Zoom sur...la continuité écologique et après ?


Une rivière est un écosystème possédant une dimension longitudinale. Si cette continuité est interrompue par plusieurs ouvrages, l’effacement ou l’aménagement d’un seul d’entre eux n’aura sans doute pas tous les effets escomptés. Il est nécessaire de réfléchir les actions dans le cadre d’un plan concerté de restauration à une échelle suffisamment importante pour prendre en compte tous les éléments susceptibles d’avoir un impact sur les résultats souhaités. L’idéal est de travailler sur l’ensemble du bassin versant de la rivière.


En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’identification des ouvrages à mettre en conformité a été le fruit d’une concertation mesurée. 170 ouvrages ont donc été ciblés et jugés « faisables » par les différentes instituions. Pour les cas plus « complexes », les échéances ont été révisées et un délai supplémentaire de 5 ans a été accordé (pour plus d'information se rendre dans CONDUIRE à la question "Comment mettre en oeuvre la mise en conformité des ouvrages compte tenu du délai supplémentaire de 5 ans ?").


Fiche bilan aménagement