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Qu’est-ce que la continuité écologique des cours d’eau ?

Article modifié le 25/08/2016

La notion de continuité des cours d’eau relève de la préoccupation d’une liberté de circulation des organismes et des sédiments dans le respect d’un fonctionnement hydromorphologique naturel. Elle permet dès lors le bon fonctionnement des réservoirs biologiques, l’accès aux zones de reproductions pour les espèces piscicoles et un transit des sédiments satisfaisant pour l’aval. Bien qu’apparue en tant que telle récemment, la dégradation de cette continuité est une problématique posée depuis des siècles. En effet, depuis les grandes opérations d’aménagement du domaine fluvial sous l’Ancien Régime, en passant par l’exploitation du potentiel hydroélectrique du courant dès le XIXème siècle, les obstacles à l’écoulement se font nombreux, empêchant notamment la remontée des poissons. Au cours du temps diverses lois sont venues constater une certaine nécessité d’action et d’aménagement des cours d’eau sans pour autant insuffler une réelle dynamique efficace à l’échelle nationale. La question est donc loin d’être nouvelle, même si sa pertinence est aujourd’hui renforcée par l’objectif d’atteinte du bon état des cours d’eau fixé par la Directive Cadre sur l’eau de 2000.


 


Parmi les éléments hydromorphologiques de cette dernière, est introduite la notion de « continuité de la rivière ». Ainsi, dans une logique opérationnelle de déclinaison nationale des directives européennes et d’atteinte des exigences communautaires, exprimée notamment par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 (LEMA) la réglementation française simplifie la continuité écologique des milieux aquatiques à la libre circulation des poissons et du transport sédimentaire. Ses principales dispositions, pour la reconquête de la qualité écologique de cours d’eau et assurer leur continuité, se comprennent à travers l’entretien des cours d’eau par des méthodes douces, l’obligation d’un débit minimum imposé au droit des ouvrages hydrauliques et la création d’outils juridiques pour protéger les frayères notamment. Les lois « Grenelle » de 2009 et 2010 viennent par la suite instituer la continuité écologique en créant la trame verte et bleue, pour les actions en faveur de la biodiversité de manière générale.

 

  Pour aller plus loin

 


L’hydromorphologie

La morphologie d’un cours d’eau est constituée de deux éléments structuraux principaux : le lit et les berges. Le lit se caractérise par une pente, une largeur et un substrat. On parle de profil en long et de profil en travers. Le lit lui-même est composé d’un lit mineur (où l’eau circule toute l’année) et d’un lit majeur (où l’eau circule en période de crue et qui contient différentes annexes du cours d’eau. Du fait des aménagements anthropiques réalisés tout au long des siècles, la morphologie naturelle du cours d’eau a été modifiée. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur les principales modifications l’ont été pour des raisons énergétiques (grands barrages comme à Serre-Ponçon), agricoles (seuils de prise d’eau) et touristiques (création de plan d’eau pour des activités de loisirs). Lorsque ces aménagements limitent la circulation de l’eau, le transport des sédiments, la circulation des poissons ou des autres espèces utilisant le cours d’eau pour se déplacer, on parle d’altération de la continuité écologique. A noter également que dans certains cas particuliers les altérations de cette continuité écologique peuvent être naturelles (chaos rocheux par exemple).

 

La circulation des espèces

La plupart des espèces inféodées aux cours d’eau ont besoin de trouver des lieux de repos, de nourriture et des sites de reproduction pour l’accomplissement de leur cycle biologique. Tout ceci nécessitant des déplacements de diverses natures et modalités. Citons les poissons grands migrateurs, tels que l’anguille européenne ou l’alose, qui accèdent aux eaux douces pour se reproduire ou se développer. Les obstacles à leurs migrations dans les cours d’eau peuvent perturber partiellement ou totalement les cycles de reproduction, entraînant une dégradation écologique du cours d’eau. Outre les poissons, les cours d’eau sont aussi un support de vie pour les mammifères semi-aquatiques (loutre, castor…), les amphibiens et pour toute une faune d’invertébrés. Si la définition usuelle de la continuité écologique semble se limiter à la circulation des seuls poissons elle s’entend de manière plus large, comprenant ainsi la circulation des « organismes aquatiques ». Cette circulation se fait « passivement », par le seul fait de l’écoulement de l’eau, pour certaines espèces, c’est le cas des algues des invertébrés ou des diatomées, et activement pour d’autres, comme les poissons, mais aussi les mammifères et les amphibiens. La circulation « active » est appelée « migration ». Enfin, une végétation spécifique, parfois rare, se développe dans et autour des cours d’eau sur les berges, on parle alors de ripisylves. Les cours d’eau forment ainsi de véritables corridors écologiques pour de nombreuses espèces animales et végétales.

 

Les dimensions de la continuité

La continuité écologique des cours d’eau est un ensemble de processus interdépendants, de natures physique, physico-chimique et écologique concernant les déplacements des organismes et des particules. Elle est à appréhender selon 4 dimensions pour assurer  les fonctions naturelles indispensables au bon fonctionnement des milieux aquatiques :

  • une dimension longitudinale : circulation des espèces et transport des sédiments de l’amont vers l’aval du cours d’eau
  • une dimension transversale : connexion du cours d’eau avec ses annexes hydrauliques, ses berges et la ripisylve formant son lit majeur
  • une dimension verticale : interactions entre le lit mineur, les nappes alluviales et le sous-sol
  • une dimension temporelle : saisons hydrologiques et rythme biologique des espèces

 

 

   Zoom sur...la DCE

La Directive européenne 2000/60/CE du Parlement Européen et du Conseil du 23 Octobre 2000, dite Directive Cadre sur l’Eau (DCE), établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau, énonce dans son introduction que « l’eau n’est pas un bien marchand comme les autres, mais un patrimoine qu’il faut protéger, défendre et traiter comme tel et qu’une bonne qualité de l’eau garantit l’approvisionnement de la population en eau potable ». L’objectif ultime de cette directive consiste à assurer l’élimination de substances dangereuses prioritaires. Pour y parvenir la DCE impose notamment le « bon état écologique » des masses d’eau, qui se distingue à travers : la qualité biologique, la qualité hydromorphologique et la qualité physico-chimique.


L’annexe V introduit l’expression de « continuité de la rivière » comme paramètre révélateur de la qualité hydromorphologique. Elle se définit par la capacité à assurer « une migration non perturbée des organismes aquatiques et le transport des sédiments ».


Retour d’expérience sur la Bléone