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Quels outils mobilisables pour diffuser l’information ?

Article modifié le 25/08/2016

La sensibilisation des populations est un des leviers de la réussite et de la mobilisation autour d’un projet de restauration des continuités écologiques. Il est nécessaire de faire adhérer le territoire en apportant au plus grand nombre des clés de compréhension et permettant même à chacun d‘agir selon ses possibilités. Le Ministère de l’Environnement définit l’éducation à l’environnement et au développement durable comme « une diversité d’actions complémentaires allant de la sensibilisation de tous les publics jusqu’à la formation dans l’enseignement supérieur ou par la formation continue. Ces différentes formes ont en commun une finalité de changement de pratiques individuelles, collectives, professionnelles pour accompagner la mutation de la société ». Ainsi des initiatives sont prises dans toutes les sphères de la société (établissements scolaires, entreprises…) y compris par les collectivités devant agir pour la restauration des continuités écologiques des cours d’eau.


 


Cela passe notamment par l’organisation de sessions et ateliers thématiques avec le public (ou des acteurs ciblés) laissant libre cours à l’échange et la discussion. Il est important de faire s’approprier un projet par la population. Toutefois, la communication comme tout autre secteur de compétence d’une collectivité demande des moyens financiers spécifiques, de l’énergie, du capital humain  et du temps. Les nouveaux media de l’information, tel que les plateformes de vidéos en ligne, peuvent s’avérer dans ce contexte très efficaces et pertinents, permettant une bonne adéquation entre les ressources à disposition et la portée attendue en termes d’individus touchés. La modernisation des pratiques de communication est donc essentielle, d’autant plus au regard des obligations croissantes et du besoin accru de concertation avec le public. Pour ce faire les formats génériques de la communication environnementale sont mobilisables.

 

  Pour aller plus loin

 

 

La sensibilisation des populations

Les grands principes de la convention d’Aarhus, ratifiée en 2002 par la France, vise à : améliorer l’information environnementale délivrée par les autorités publiques, vis-à-vis des principales données environnementales ; favoriser la participation du public à la prise de décisions ayant des incidences sur l’environnement (par exemple, sous la forme d’enquêtes publiques) et étendre les conditions d’accès à la justice en matière de législation environnementale et d’accès à l’information. Cette logique est retrouvée dans la charte de l’environnement, intégrée au bloc de constitutionalité en 2004, donnant droit pour toute personne non seulement « d’accéder aux informations relatives à l’environnement » mais aussi « de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ». Au-delà de l’obligation légale une volonté de véritable projet de territoire doit émerger, faisant sens avec les enjeux locaux. Cela se traduit principalement par la construction d’un échange à travers des actions et des outils. Cette communication se veut transversale et tout au long du projet, afin de jouer un rôle d’accompagnement permettant de le justifier et le simplifier. En effet, un projet de restauration étant déjà complexe  appréhender  pour un professionnel du domaine, il est d’autant plus nécessaire de rendre audible le message à transmettre en l’adaptant et le simplifiant en fonction du public cible.

 

Les différentes voies de la communication

Les outils de communication sont multiples et dépendant de l’avancée du projet. Durant le diagnostic par exemple, il est possible d’associer les riverains en les concertant à travers une enquête prenant plusieurs formes (questionnaires, grilles multicritères, recueil de perception…). Pour renforcer la sensibilisation des populations il faut viser des moyens plus attrayant, allant des classiques réunions d’informations, journaux, lettre d’informations et publications aux plus originaux. Citons pour ces derniers les conférences gesticulées ou encore les prestations scéniques et artistiques (le Crieur du Verdon peut s’avérer un exemple régional efficace de ce type en milieu rural) venant offrir un message alternatif et pouvant favoriser une meilleure imprégnation sociétale. Cependant il ne faut pas oublier que la communication doit être adaptée aux pratiques sociales du territoire. La mutualisation d’informations et d’outils, notamment par le biais de réseaux de professionnels est également une solution envisageable (matériels communs mis à disposition pour créer des panneaux d’information, des kakemonos ou flyers par exemple). A cela s’ajoute la communication institutionnelle obligatoire telle que les bulletins municipaux pour prévenir de l’évolution du projet. Pendant le déroulement des travaux il est important de continuer la diffusion d’informations, les actions se doivent d’être perpétrées, par des visites de terrain, la mise en place de chantier participatif et pédagogique pour les scolaires, les habitants mais aussi pour les partenaires financiers du projet et élus locaux qui veulent observer de manière tangible le fruit de leurs « investissements ». Enfin même une fois la réalisation achevée, la communication reste essentielle, pour avertir des bons résultats (après suivi) des opérations menées. Des panneaux signalétiques peuvent être installés (à destination des usagers du milieu, pratiquant l’espace nouvellement aménagé, afin de leur faire comprendre les bénéfices engendrés), des journées « portes ouvertes » proposées. L’élaboration de film, documentaire, reportage (montrant l’évolution de la rivière, de l’ouvrage, des berges, l’avis des riverains…) vient participer de cette communication, qui peut aussi intéresser les autres techniciens et collectivités cherchant des retours d’expérience sur des projets de restauration des continuités écologiques des cours d’eau.

 

La mise en œuvre d’un dialogue

Pour que les citoyens puissent porter un regard neuf sur les cours d’eau et les milieux aquatiques en général, en les considérant comme partie intégrante de leur espace de vie, de leur patrimoine et de leur territoire, il est nécessaire de développer des outils de communication et d’initier un dialogue entre techniciens et grand public. Guy Pustelnik, directeur de l’EPTB Dordogne, à l’occasion du colloque Ouvrages  hydrauliques de la continuité écologique des fleuves et rivières aux projets de territoire, ayant lieu à Cholet en Novembre 2010 nous rappelle que l’on: « doit tenir compte des impacts en aval. Il est parfois difficile de faire prendre conscience de cette gestion au niveau du bassin aux différents acteurs. […] Nous ne devrions pas réfléchir à ces questions entre « techniciens » uniquement, car nous travaillons finalement pour le bonheur des gens et on ne devrait pas parler que de technique mais aussi un peu de culture et d’amour ! ». Afin d’atteindre cet objectif, l’agence de l’eau développe notamment des actions pour mobiliser les populations et les acteurs locaux : sensibilisation aux enjeux, présentation des opérations et des bénéfices escomptés, valorisation des résultats etc. Elle soutient également les dispositifs destinés à sensibiliser les scolaires au cycle de l’eau et la préservation des milieux aquatiques. Ainsi en quelques chiffres, le financement de l’agence de l’eau en matière de diffusion de l‘information d’éducation à l’environnement, (dans le cadre du Xème programme 2013-2018), c’est :

  • une enveloppe totale de 26 millions d’euros à l’échelle du bassin consacrée aux collectivités
  • 50 % pour les actions de communication tout public sur les enjeux milieux et SDAGE ;
  • jusqu’à 30 % pour l’animation d’une plateforme de coordination régionale ;
  • jusqu’à 50 % pour l’éducation scolaire.

 

 

 

   Zoom sur...la communication environnementale


La communication environnementale peut revêtir diverses formes l’apparentant à des types de communication déjà existants. En ce sens, elle se confond essentiellement avec la communication politique, la communication scientifique, la communication de crise et la communication des risques selon ses objectifs et enjeux. La communication environnementale se présente donc comme un objet particulièrement complexe, offrant pour certains un regard particulier sur la relation Homme-Nature et la place du genre humain dans son environnement. « D’objet de communication, l’environnement devient ainsi cadre de communication », c’est ce qu’avance notamment Jacques Vigneron en 1996, dans La communication environnementale, pour qui la communication sur l’environnement est profondément autre.


L’aspect culturel de l’environnement et du développement durable est ici fondamental. Toutes les activités professionnelles sont aujourd’hui mises à l’épreuve de cette communication environnementale, lien indispensable entre un projet et un territoire. Elle se doit donc d’être adaptée à un contexte local, fonction de la nature du projet et de la structuration du territoire La diffusion de l’information doit autant être perçue comme le moyen de transmettre un message, par la sensibilisation et la concertation, que de légitimer un projet une action, par un discours et des arguments.